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DEUXIÈME PARTIE : LA CONCURRENCE JUSQU’OÙ ?

Universités, concurrence et valeurs académiques

Senior Adviser to the Principal

Philip E. OGDEN

Queen Mary University of London

BIOGRAPHIE

Keith Thomas, l’un des historiens les plus distingués de sa génération avec une longue carrière universitaire derrière lui, a récemment répertorié comme l’une de ses préoccupations majeures « la notion selon laquelle les universités, au lieu de collaborer dans le cadre de leur mission commune, devraient entrer en concurrence et, avec des prestataires privés, vendre leurs services sur un marché où les étudiants sont considérés, non pas comme des partenaires au sein d’une entreprise commune d’enseignement et d’apprentissage, mais comme des “consommateurs” à la recherche des offres les moins chères qui leur permettront de sortir avec les prétentions salariales les plus élevées ». Ce sont les récents changements dans le financement des études supérieures et les inquiétudes à plus long terme quant à l’impact de l’expansion rapide du système universitaire au Royaume-Uni qui ont motivé cette réaction publique, comme celles d’autres intellectuels de premier plan. Le rôle des universités dans la vie économique, culturelle et intellectuelle de nombreux pays a évolué de façon drastique au cours des dernières décennies – une évolution qui est particulièrement sensible au Royaume-Uni.
Désormais, près de 50 % d’une classe d’âge fréquente l’université, et le nombre d’établissements universitaires est passé d’une cinquantaine dans les années 1980 à plus de 150, par le biais d’un processus consistant à la fois à créer de nouveaux établissements et à changer l’appellation d’établissements existants. Le titre d’« université » couvre désormais un large éventail de missions variées et de qualité. Les grandes universités sont devenues des organisations complexes (certaines utilisent le terme provocateur d’« entreprises »), avec un chiffre d’affaires annuel au-delà du demi-milliard de livres sterling et une portée dépassant largement les frontières du Royaume-Uni. Ces établissements sont en concurrence ouverte en termes de réputation et d’image de marque pour ce qui est du financement de la recherche et du recrutement du personnel et des étudiants, tant au plan national qu’international. Établissements hautement sélectifs financés de façon relativement directe par des fonds publics il y a encore vingt-cinq ans, les universités britanniques modernes dépendent désormais de sources de revenus très diverses, cette diversité appelant à une vigilance soutenue pour garantir la stabilité institutionnelle. Les universités n’en restent pas moins dépendantes d’un certain niveau de financement public, et donc des subtilités des directives gouvernementales – en particulier concernant le financement des études et de la recherche – qui ont tendance à être aussi nombreuses qu’inopportunes et inconséquentes.

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