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DEUXIÈME PARTIE : LA CONCURRENCE JUSQU’OÙ ?

Quelques réflexions sur les limites de la concurrence et des règles qui la protègent

Assistant General Counsel

Jean-Yves ART

Microsoft

BIOGRAPHIE

La concurrence est un processus de répartition de ressources limitées telles que le capital ou le travail entre plusieurs opportunités d’emploi, fondé sur la rivalité entre les entreprises et guidé en dernière analyse par la maximisation du bien-être des consommateurs. Elle « sert » donc à assurer une répartition optimale de ces ressources en fonction des attentes des consommateurs. Dénoncée par certains comme créatrice d’injustice sociale et par d’autres comme un mécanisme intrinsèquement dégénérescent, elle est, aux yeux d’autres encore, ce que, selon Churchill, la démocratie est aux autres régimes politiques : le pire système à l’exception de tous les autres. Pour reprendre l’expression de Milton Friedman : « La concurrence du marché, quand on la laisse fonctionner, protège le consommateur mieux que tous les mécanismes gouvernementaux venus successivement se superposer au marché » (Friedman M., La Liberté du choix, trad. Casaril G., Belfond, 1980, p. 213). Tout en reconnaissant que les déconvenues reçoivent souvent plus d’écho que les succès, cette affirmation paraît rejoindre une vérité statistique. Les exemples d’échecs – au regard du bien-être des consommateurs – d’une répartition autoritaire des facteurs de production sont pléthore. Le cas le plus récent qu’il nous ait été donné de connaître concerne l’organisation de la profession médicale en Belgique où une succession d’interventions des pouvoirs publics allant de la limitation du nombre d’étudiants admis aux facultés de médecine à la fixation autoritaire du nombre de licences attribuées aux diplômés et ouvrant droit au remboursement des frais médicaux facturés par ceux-ci se traduit aujourd’hui par une insuffisance notoire du nombre de praticiens et pose sérieusement la question de savoir si les consommateurs en qualité tant de patients que de contributeurs aux mécanismes de sécurité sociale n’auraient finalement pas été mieux servis par « la concurrence » dans l’accès et l’exercice de la profession médicale. Certes, toute intervention publique affectant l’allocation des facteurs de production n’est pas négative et certains mécanismes incitatifs ou correctifs ont indéniablement des effets positifs sur le bien-être des consommateurs (on pense, par exemple, aux mécanismes fiscaux encourageant l’adoption de technologies respectueuses de l’environnement) mais la concurrence reste le modèle qui, globalement, contribue le mieux à la satisfaction des besoins et attentes de la collectivité.

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