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Concilier politiques sectorielles et politiques de la concurrence

Directeur de recherche

Elie COHEN

Sciences-Po – CNRS

BIOGRAPHIE

La France connaît parfois des débats étranges à la fois passionnés et apparemment vides d’objets réels. Ce fut notamment le cas du débat « sur la concurrence libre et non faussée » à l’occasion du référendum sur le Traité constitutionnel. Étrange, car on comprend mal comment on pourrait être favorable à la collusion masquée, vide d’objet, car rien dans le Traité constitutionnel ne portait spécifiquement sur ce sujet. Ce débat n’en était pas moins l’expression d’un malaise dont il faut rendre compte. Le Traité constitutionnel consacrait bien une orientation libérale, il confortait les acquis d’une intégration négative au nom du marché unique, il bridait de ce fait la souveraineté économique des États, et s’il laissait ouvertes les portes de l’intégration politique, il la renvoyait à d’autres échéances. Depuis, la crise de l’euro et la grande stagnation européenne ont remis en cause les évidences les mieux établies : la spécialisation d’un pays ne peut être abandonnée aux forces du marché, sauf à prendre le risque de mettre en péril l’union monétaire, la désindustrialisation ne peut être acceptée dans l’indifférence car elle a des incidences négatives durables sur l’emploi qualifié, l’innovation et le commerce extérieur, l’absence de réciprocité en matière d’ouverture des marchés publics nourrit les pulsions protectionnistes et fait fleurir le buy national act.

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